Du CPE à la maternelle: un projet pour favoriser la transition

Du CPE à la maternelle: un projet pour favoriser la transition

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Du CPE à la maternelle: un projet pour favoriser la transition

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ÉDUCATION. Pour une première année, un document visant à favoriser la transition du Centre de la petite enfance (CPE) à la maternelle a été mis en place.

Cette initiative conjointe de la Commission scolaire du Chemin-du-Roy et de Trois-Rivières en Action et en santé a pour but d’aiguiller tant les enseignants de maternelle que les éducatrices en CPE sur cette transition et sur les rôles de chacun dans le développement de l’enfant.

«Dans la communication, les CPE disaient que les enfants étaient prêts. Une fois à l’école, l’enseignant disait finalement qu’ils ne savaient pas faire certaines choses ou avaient quelques retards. À l’inverse, d’autres arrivaient trop prêts et savaient lire et écrire. Ce n’est pas le mandat du CPE de leur apprendre ça», explique Benoit Magny, coordonnateur de Trois-Rivières en Action et en santé (TRAS).

«Suite à ce constat, on a fait un comité de travail pour évaluer ce qui se fait comme transition. On a vu qu’avant de parler de transition, il fallait déterminer ce que c’était et si des éléments se recroisaient dans les deux réseaux», ajoute-t-il

Les programmes éducatifs ont été croisés. Constat: les deux réseaux travaillent sur les mêmes enjeux, mais dans une intensité différente et les enfants y apprennent par le jeu. On dira du CPE qu’il agit en soutien dans les dimensions physique et motrice, affective, sociale et morale, langagière et cognitive, alors qu’à la maternelle, on développe des compétences en lien avec ces dimensions.

Le document a été présenté à plus de 130 personnes la semaine dernière, dont 85 enseignants en maternelle. «Ça a suscité pas mal de discussions, raconte Maité Gouveia, conseillère pédagogique au préscolaire et responsable du programme Passe-Partout à la commission scolaire Chemin du Roy. Je sens que ç’a amené un début de réflexion.»

Au cours de la prochaine année, ce sont les éducatrices en CPE qui seront rencontrées afin de leur présenter le document.

Un coup d’œil sur la maternelle

Dans une perspective de démystifier l’école auprès des enfants du CPE, un premier projet de jumelage a été testé entre deux CPE et deux écoles du territoire dans la dernière année. Les enfants de 4-5 ans du CPE de Saint-Maurice ont été jumelés à la classe de maternelle de l’école de la Source, à Saint-Maurice, tandis que ceux du CPE Saute-Mouton ont retrouvé une classe de maternelle de l’école Saint-Pie-X, située dans le même quartier.

Des rencontres ont été organisées d’abord sur un terrain neutre. Puis les enfants du CPE ont pu rencontrer les enseignantes de la maternelle et visiter l’école. «Ça leur a montré ce que c’est. Je suis sûre qu’ils ont été moins déboussolés à la rentrée cette année. Les enseignantes et les éducatrices ont aussi remarqué que leurs réalités étaient sensiblement les mêmes», souligne Mme Gouveia.

Un sous-comité composé d’enseignantes de la maternelle et d’éducatrices en CPE a aussi été créé. Elles souhaitent mettre cette expérience sur papier pour créer un canevas de base qui permettrait aux enseignantes de faire des approches auprès des CPE dans le même genre. Le document pourrait notamment proposer des types d’activités.

«On a vu un enrichissement de chaque côté. On voudrait l’étaler à plus grande échelle pour que chaque enseignant de la maternelle et éducatrice en CPE ait le temps d’échanger là-dessus», précise Mme Gouveia.

«Dans le processus de transition, c’est aussi au parent d’amener l’enfant à se familiariser avec l’école, poursuit M. Magny. Le moment des portes-ouvertes peut être une belle occasion d’amener l’enfant. On comprend que certains parents n’ont pas eu une bonne expérience à l’école. Pour l’enfant, le fait de rencontrer le professeur et voir la classe et l’école peut l’amener à voir ça d’un autre œil.»

Deux ou trois capsules vidéo présentant ce qu’est la maternelle et le service de garde aux enfants de 4-5 ans des CPE seront réalisées au cours des prochains mois. L’idée serait aussi d’impliquer les élèves de maternelle dans le processus.

Que devrait pouvoir faire un enfant de quatre ans?

«Au-delà des connaissances, il faut que l’enfant développe des aptitudes qui ne paraissent pas nécessairement, que ce soit en matière de motricité ou de relations sociales, par exemple», explique Mme Gouveia.

«Le développement moteur et social est encore très important en maternelle. Il y a beaucoup de pression provenant d’un peu partout pour l’acquisition de connaissances, mais il faut aussi que l’enfant développe son côté social et sa motricité. Je remarque que plusieurs enfants ont de la difficulté lorsqu’ils vivent un conflit. Ils ne savent pas comment réagit. On voit certaines lacunes au niveau des relations sociales. Avec les exigences de part et d’autre et la pression que l’on reçoit, on ne sait plus ce qu’est un enfant de 4 ou 5 ans», ajoute celle qui est également enseignante à l’école de la Source, à Saint-Maurice.

«La prochaine étape du projet sera de sensibiliser les parents sur les acquis des enfants à l’âge de 4 et 5 ans, sur ce qu’il devrait être capable de faire ou non», précise le coordonnateur de TRAS.

De nombreux autres partenaires sont aussi impliqués et pourront donner un coup de main dans ce dossier, dont l’Université du Québec à Trois-Rivières, Le Regroupement des CPE, le CPE Les Petits Collégiens, le CPE Le Cerf-Volant, COMSEP, le CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec et Avenir d’enfants.

Ultimement, une transition de qualité entre le CPE et la maternelle assurera à l’enfant la continuité de l’expérience éducative permettant la poursuite de son développement optimal. Les premiers sentiments vécus par l’enfant lors des transitions auront un impact sur les attitudes qu’il développera face au système scolaire.

Les parents doivent également être accompagnés dans le processus. «Le CPE a quelque chose de sécurisant pour les parents, en ce sens où tous les soirs, ils peuvent avoir un suivi sur la journée de leur enfant dans leur cahier. À l’école, le suivi n’est plus aussi serré. La relation est aussi différente avec l’enseignant», note M. Magny.